Béatrice Utrilla
15 Octobre au 15 Novembre 1997

Sa recherche d'une photographie, qui image du sens commun à travers un "art moyen", l'a d'abord entraînée du côté de nos albums, de nos boîtes et de nos cadres de famille. Cette matière fît partie de ses premiers sujets. Mais la photographie d'amateur n'était pas re-donnée pour elle-même, dans une mise en abîme qui aurait ordonné froidement des qualités d'analyse, de constat ou d'inventaire. Les usages sociaux qu'elle observait, tout en les transformant, ne lui étaient pas extérieurs, ils renvoyaient aussi à son propre apprentissage. Depuis lors elle réalise des séries d'images où distance et subjectivité construisent des fragments biographiques perçus à travers le prisme des photos qui l'accompagnent. Comme on reviendrait vers l'usage commun des mots pour débroussailler leur sens et redonner matière à des scénarios, elle revient sur les pas du cliché.

L'exposition L'exposition
© Béatrice Utrilla © Béatrice Utrilla © Béatrice Utrilla
L'exposition
© Béatrice Utrilla © Béatrice Utrilla

Il s'agit de photo, de formules verbales et de leur mise en relation. Tout se joue dans une superposition singulière où des mots de peu de poids sur des images naïvement photographiques dégagent des significations qui nous réapprennent à observer notre poétique bateau commun. Des photos qui portent des mots et portent sur les mots. Ni bulles, ni légendes, mais des notes de dialogues qui nous laissent le choix de la distribution. Qui parle en effet, sous ces lieux communs? Le modèle? Le photographe? Un tiers? A qui s'adressent-ils? Ce langage en surimpression, en version sous titrée, nous livre sur le mode vocatif, des petites histoires, parfois inquiètes, parfois souriantes, sur la vision et son manque de netteté, sur l'objectif et son manque d'objectivité ou sur la distance au sujet, si difficile à régler. Il nous indique des pourtours photographiques où nous reconnaîtrons nos propres histoires avec l'image. Communes? Peut-être. A voir? Sûrement.

Gérard Régimbeau