Ma chair et mon sang
Vidéo numérique 5 min 6, 2002

Dans ma chair et mon sang, le spectateur assiste au tragique d’une scène de lactation.

Etre allaité exprime (…), une union très forte avec la mère. Par cette fusion prodigieuse, l’enfant est plus près de sa mère que ne le sera jamais aucun autre homme : père et mari sont comme évincés. Mais qui dit fusion, pense, aussitôt, danger redoutable : comment en effet ne pas être dévoré par tant de violence ? Englouti ou menacé : tél est donc l’envers de la fusion bienheureuse.  Murielle Gagnebin, Pour une esthétique psychanalytique. L’artiste, stratège de l’inconscient.

Menacées de disparition, les deux figures s’engouffrent dans la blancheur du vide. Une surexposition dangereuse lisse les frontières de leurs peaux exsangues : une chimère se crée. L’action de la lumière se révèle alors plus menaçante que jamais. De cette violence fusionnelle, s’écoule, dans une persistance sonore, un liquide rouge :

Quand un liquide se valorise, il s’apparente à un liquide organique . Il y a donc une poétique du sang. C’est un poétique du drame et de la douleur, car le sang n’est jamais heureux.  Gaston Bachelard, L’eau et les rêves.

S’agit il du lait rougi de la mère ? Le sein meurtri par la bouche avide du nourrisson verse-t-il le sang se sa blessure ? L’enfant vomit-il la nourriture amère et empoisonnée de sa génitrice ? Est-ce son sang qui souille le corps de sa mère ? Meurt-il de la vampirisation du liquide précieux qui court dans ses veines ? 
S’agit il d’un infanticide ou d’un matricide ?