L'exposition

Le vernissage
© René Sultra & Maria Barthélémy


Ici le site de René Sultra et Maria Barthélémy

Manhattan / souls & Nanoglus

Quand la vision s’achève, l’invention c’est de voir encore ...

Nous savons les liens à la fois d’intérêt et de fascination que nous entretenons avec les images des sciences puisque s’y trouvent des modèles, des protocoles expérimentaux et des micros mécaniques. Notre intérêt est ancien pour l’ordre premier de toutes les distributions, quelque soit les disciplines : noeuds de la topologie, atomes et molécules, tissage de ces unités préalables sans les quelles il n’y aurait pas de réalité visible. Seul, notre point de vue hors champ pouvait se jouer des ruptures d’échelles et des raccourcis.
Manhattan / Souls & Nanoglus, ce sont aujourd’hui des simulacres d’images d’atomes réactivés dans le champs de la photographie qui nous sert d’espace direct. C’est aussi l’histoire d’une circulation invisible qui va faire coïncider pour le temps de l’exposition deux dimensions des choses : Un catalogue de particules agglutinées, des assignations de sujets collés aux cimaises de la galerie seulement colorés comme les gemmes de l’abbé Suger et mis au marché de nos désirs d’objets. D’autre part, un véritable devenir fou* à la Deleuze esquivant le présent, coagulant le macro et la micro comme au pays merveilleux d’Alice, le temps d’une traversée sans retour de Manhattan à Long Island bouclée sur une fiction de l’irreprésentable....
....Le tout pris dans une simultanéité indocile *.
Manhattan / Souls & Nanoglus c’est encore l’histoire qui dit que l’image n’est plus ce que nous voyons mais une potentialité exprimée ça et là, travestie, filtrée, récupérée pour venir s’écraser sur les murs des apparences. l
* Logique du sens - Deleuze

© © René Sultra & Maria Barthélémy

René Sultra et Maria Barthélémy travaillent en collaboration depuis 1990.
Ce partage progressivement manifeste, fabriqué avec et parfois sans conscience sur un dialogue constant, ne permet plus à l’heure actuelle de dissocier avec clarté les apports de chacun. Il est clair que des voix aussi différentes l’une de l’autre, même engagées sur une trame commune de pensée, désenclave avec volonté la photographie de sa résidence habituelle pour l’exporter en des lieux et sous des formes et des supports différents, et lui fait côtoyer d’autres îlots de réflexion. Cette recherche polymorphe répercute pourtant en de nombreux endroits une obsession des véritables questions sur ce que la photographie peut encore “représenterr ”, sur les bons véhicules et les bons conducteurs de ces interrogations.
Ils travaillaient voici quelques années sur une partition du réel et de l’architecture intérieure faisant échos avec les lieux véritables où nous vivons. Préoccupations d’architectes (cuisines, salles à manger, salles de bain...) ils prenaient en charge le cadre de la vie elle-même, incluant la somme des attitudes et des expériences que nous soumettent ces lieux ; une sorte de mise à plat d’un quotidien à deux dimensions. Ces espaces nouveaux, alvéolaires et osmotiques, d¹origine pariétale, ces intérieurs photographiques avaient la banalité du cloisonnement de la vie humaine et se faisaient une place par delà le seuil optique, là où l’image prend en charge, ce qui d’ordinaire le lot des objets. Ces photographies utilisaient des motifs répétitifs ; à la fois l’histoire d’un fragment et celle de sa prétention à la totalité, une totalité en voie de construction, de transformation et de mutation, qui ne se fait pas d’une forme à l’autre de manière continue, mais par sauts morphiques, moyennant des états stables et instables. (voir les reproductions couleur dans le catalogue abrégé des travaux 1992-1998.)
Aujourd’hui, leurs travaux récents prennent la forme d’images fixes - mobiles. Ces images peuvent être fixées sur un état particulier ou fluidifiées par des techniques numériques dans des films où les trames construites se dégradent insensiblement.
“Toute technologie contient ce genre de métamorphose ; changer les écritures en mouvements effectifs : transporter la réalité que l’on a ramassée et abrégée sans crainte de la perdre...“ François Dagogner dans Rematérialiser.
De multiples trames camouflées prennent appuis sur une image de fond. Elles sont faites du plus modeste travail d’enchevêtrement ordonné, de l’imbrication la plus élémentaire de la surface. L’intérêt de ce procédé grapho-craticulaire, est la mécanique qui est mise en route. Les trames se détachent et se recalent sur l’image gardant avec cette dernière un lien presque prisonnier. Dans ces micros mouvement, il y a juste une idée possible du devenir, inscrite déjà dans la nature pré-catastrophique du frémissement et du tremblement.
En augmentant l’instabilité, non pas dans le plan perspectif mais dans l’ordre de la surface, cette réanimation retrouve un état de coalescence oublié à l’origine des images fixes, magma des états possibles d’une chose à proximité de son lieu de plus grande certitude.
Cette réflexion sur les réseaux combine l’organisation naturelle du monde dans des images de fond, et une organisation humaine, tissée comme un jardin à la française. Cette double articulation (ex : forêt vierge = ordre naturel / camouflage réseau, saisit en une fois la dimension des choses et sa modélisation, usuelle et symbolique, que l’homme peut en donner.
Notre premier jardin aujourd¹hui, celui du camouflage s’entend, est premier dans l’ordre des transferts de formes et de couleurs. En ce qui concerne la grille elle-même, ces tissus, cet écossais, ce vichy nous y retrouvons toute la logique moderne du réseau :
Rien n’est plus simple à dire aujourd’hui, rien n’est plus humain ou vivant tout simplement que de découvrir l’omniprésence du modèle réticulaire. Il fonctionne à merveille partout : dans l’analyse, dans les fonctionnements cachés, visibles ou désirables, dans les leitmotivs de la communication, tout en vrac dans les infrastructures et les affirmations du pouvoir. La vie sociale, notre vie intime ou communautaire finit par épouser cette forme très naturelle de l’organisation.
Nous venons sans cesse la redoubler cette forme et lui donner des formes au cas où elle viendrait à devenir tout aussi évidente qu’invisible et si peu maîtrisable.
Et nous nous sommes pris à plaisir entre les mailles de cette réflexion : dynamique d’un travail mené à deux qui interroge régulièrement depuis presque 10 ans les manières de dire toutes ces relations ; relations entre les images photographiques et le monde, relation entre l’élément qui à l’égal des réseaux définit le monde et l’ensemble organisé pour contraindre la trace de la formidable relation vivante entre l’un et l’autre. Et ce jusqu’aux derniers travaux où les paysages entretiennent avec l’agitation toute bagarreuse des trames en mouvement une complicité générationnelle.
• Une maille, petit chien, spirale, araignée, pied de poule et petits bonhomme, dimensions de l’individu et combinaison de celui-ci qui s’étend jusqu¹au groupe. En surface nous résumons : l’homme chien, l’homme spirale fait le point, la maille.
• Un super motif, l’écossais par exemple qui bien que fabriqué à l’aide de la première dimension, devient autonome par son emprise visuelle.
Cette double articulation à l’intérieur de ce réseau humain, est souligné une fois encore par la dispersion des petits éléments dans l’ordre de la fixité relative de la nature. L’effondrement de la maille autour de quelques attracteurs n¹enclenche d¹ailleurs pas toujours une ouverture sur une autre image de fond. (à voir jusqu¹au bout...)
C’est une dialectique de leur travail qui mêle un peu plus encore artefacts et différents stades de mises en images du monde.

A. Rouillé