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Niché
sur le plateau du Capcir dans les Pyrénées orientales, le petit village
de Réal invite depuis plusieurs années un photographe à résider dans ses
murs afin de réaliser une création sur ses terres. Il organise par la suite
une exposition à la mairie durant l'été. Le site et ses habitants - une
quarantaine de résidants à l'année, environ 150 l'été - sont pris comme
sujets d'observation par les photographes de passage. Chacun les découvre
avec le filtre de sa personnalité, de ses goûts, de ses centres d'intérêt,
de sa pratique photographique…
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Quand
on prend connaissance du travail de ses prédécesseurs, on se demande sous quel
angle on va bien pouvoir aborder son sujet : les paysages ont été largement
explorés et les humains souvent sollicités… La possibilité qui nous est offerte
de résider sur place permet heureusement de prendre le temps d'explorer la région,
de la photographier, de rencontrer les gens, de s'imprégner de leur histoire,
de décanter, d'y revenir… En lien et en continuité avec mes précédents travaux,
j'ai décidé de m'intéresser à l'histoire locale, à la mémoire vivante des anciens
et d'essayer de donner à voir comment la vie des gens a changé au fil du temps.
Les retraités du village y ont souvent vécu toute leur vie dans leurs maisons
natales. Ils font parties des rares personnes aujourd'hui pour qui cette expression
conserve son véritable sens |
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…
Mémoire à solliciter avant qu'elle ne disparaisse et que la région n'ait plus
qu'un aimable profil touristique, oublieuse des vies qui l'ont peuplée à travers
les siècles et qui ont permis qu'aujourd'hui les citadins puissent y venir en
vacances, pour s'y reposer, se promener ou faire du ski dans un milieu encore
sauvage et préservé. Pourtant à Réal, pays de montagne, la vie était rude et
le quotidien difficile dans une nature grandiose mais peu hospitalière. Isolés,
loin des centres urbains et des grands axes de circulation,et de plus une partie
de l'hiver sous la neige, les villages vivaient en autarcie, produisant la quasi-totalité
de leurs besoins. |
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La plupart des familles vivaient de l'agriculture et de l'élevage dans une économie
essentiellement domestique, visant surtout à couvrir leurs modestes besoins
plutôt qu'à faire du commerce. Pour financer l'extraordinaire on élevait parfois
un cheval ou deux - l'armée venait régulièrement dans la région pour acheter
ses montures et peupler ses haras. Mais le cheval vapeur à peu à peu fait disparaître
cette pratique … La vie dans le Capcir a beaucoup changé depuis un peu moins
d'un siècle, la première guerre mondiale l'a durement frappé, anéantissant plusieurs
exploitations agricoles privées de leurs bras, et l'après seconde guerre a vu
se poursuivre l'exode rural des jeunes. |
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Il
fallait partir pour étudier, le travail manquait - le confort et les distractions
modernes aussi. C'est l'implantation des stations de sports d'hiver qui a sans
doute permis que le plateau reste vivant et peuplé, même s'il doit aussi supporter
certaines nuisances engendrées par ces vagues de touristes qui déferlent l'hiver
puis l'été … J'imagine ma traversée de cet espace-temps comme une " bande photographique
" où s'entremêlent les mots et les images et où chacun pourra reconstruire sa
propre vision du Capcir et de ses habitants, en tissant des liens entre le passé
le présent et l'avenir, entre l'ici et l'ailleurs…
Marie-Hélène Le Ny Mai 2004 |
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