images de l'exposition et du vernissage
© Marie-Hélène Le Ny

Niché sur le plateau du Capcir dans les Pyrénées orientales, le petit village de Réal invite depuis plusieurs années un photographe à résider dans ses murs afin de réaliser une création sur ses terres. Il organise par la suite une exposition à la mairie durant l'été. Le site et ses habitants - une quarantaine de résidants à l'année, environ 150 l'été - sont pris comme sujets d'observation par les photographes de passage. Chacun les découvre avec le filtre de sa personnalité, de ses goûts, de ses centres d'intérêt, de sa pratique photographique…

© Marie-Hélène Le Ny
Quand on prend connaissance du travail de ses prédécesseurs, on se demande sous quel angle on va bien pouvoir aborder son sujet : les paysages ont été largement explorés et les humains souvent sollicités… La possibilité qui nous est offerte de résider sur place permet heureusement de prendre le temps d'explorer la région, de la photographier, de rencontrer les gens, de s'imprégner de leur histoire, de décanter, d'y revenir… En lien et en continuité avec mes précédents travaux, j'ai décidé de m'intéresser à l'histoire locale, à la mémoire vivante des anciens et d'essayer de donner à voir comment la vie des gens a changé au fil du temps. Les retraités du village y ont souvent vécu toute leur vie dans leurs maisons natales. Ils font parties des rares personnes aujourd'hui pour qui cette expression conserve son véritable sens
© Marie-Hélène Le Ny
… Mémoire à solliciter avant qu'elle ne disparaisse et que la région n'ait plus qu'un aimable profil touristique, oublieuse des vies qui l'ont peuplée à travers les siècles et qui ont permis qu'aujourd'hui les citadins puissent y venir en vacances, pour s'y reposer, se promener ou faire du ski dans un milieu encore sauvage et préservé. Pourtant à Réal, pays de montagne, la vie était rude et le quotidien difficile dans une nature grandiose mais peu hospitalière. Isolés, loin des centres urbains et des grands axes de circulation,et de plus une partie de l'hiver sous la neige, les villages vivaient en autarcie, produisant la quasi-totalité de leurs besoins.
© Marie-Hélène Le Ny
La plupart des familles vivaient de l'agriculture et de l'élevage dans une économie essentiellement domestique, visant surtout à couvrir leurs modestes besoins plutôt qu'à faire du commerce. Pour financer l'extraordinaire on élevait parfois un cheval ou deux - l'armée venait régulièrement dans la région pour acheter ses montures et peupler ses haras. Mais le cheval vapeur à peu à peu fait disparaître cette pratique … La vie dans le Capcir a beaucoup changé depuis un peu moins d'un siècle, la première guerre mondiale l'a durement frappé, anéantissant plusieurs exploitations agricoles privées de leurs bras, et l'après seconde guerre a vu se poursuivre l'exode rural des jeunes.
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Il fallait partir pour étudier, le travail manquait - le confort et les distractions modernes aussi. C'est l'implantation des stations de sports d'hiver qui a sans doute permis que le plateau reste vivant et peuplé, même s'il doit aussi supporter certaines nuisances engendrées par ces vagues de touristes qui déferlent l'hiver puis l'été … J'imagine ma traversée de cet espace-temps comme une " bande photographique " où s'entremêlent les mots et les images et où chacun pourra reconstruire sa propre vision du Capcir et de ses habitants, en tissant des liens entre le passé le présent et l'avenir, entre l'ici et l'ailleurs…
Marie-Hélène Le Ny Mai 2004
© Marie-Hélène Le Ny