images de l'exposition et du vernissage

Comme tous les ans depuis 1997, le Forum de l’Image organise une résidence d’artiste à Réal, Pyrénées Orientales. Pour ce projet l’association confie à un photographe la réalisation d’une création sur le village et ses environs. Le résultat de ce travail donne à voir un exposition présentée pendant l’été à la mairie du village.
Le jeu des quatre points
Didier Sorbé est photographe de paysages, de paysages humanisés tels ceux qui vivent au rythme des marées et de l’ostréiculture (Terres marines. Bassin d’Arcachon, suite à une résidence d’artiste au Domaine de Certes, 1994) ou ceux qui longent le fleuve Izar depuis sa source en Autriche jusqu’à Munich (En plein air, au terme d’une résidence d’artiste à la villa Waldberta, Allemagne en 1999), mais aussi de paysages plus sauvages ou minéraux, tels ceux de la Réserve Géologigue des Alpes de Haute Provence (Par les chemins, 2000) ou ceux de la moyenne montagne pastoralisée en Vallée d’Aspe (Bergers contre le ciel, 1989) ou de sierra de Guara (Paysages partagés, durant une résidence d’artiste à Huesca en Aragon, 1998) et de la haute montagne pyrénéenne (Autour du Mont-Perdu en 2002).

Vers l’Ouest
En remontant la Vallée de Galbe, c’est la présence du couchant qui a suggéré sa dimension métaphysique pour une suite d’arrêts entrelaçant pierres écrites – celles qui pavent les abords de l’Etang du Diable – exploitées en négatif, telles le “ça a été” d’un désir de mémoire, et échappées sur la montagne pastorale
© Didier Sorbé © Didier Sorbé
Vers l’Est
L’appel du Massif de Madres (2469 m) a donné source à une alternance de vues très cadrées. Les unes s’appuient sur la trame serrée de la forêt de pins menant vers le Col de Sansa et habillant la Coume de Ponteils. Les autres traduisent une focalisation du regard sur les infinis paysagers qu’ouvrent les vues d’altitude. Carrés filtrant la lumière du Levant posée sur les blancheurs du Pla des Gourgs, du Clot Rodon et des crêtes de Madres, zébrés de neige ou dénudés par le vent.
© Didier Sorbé
© Didier Sorbé
Vers le Nord
Dans la descente de l’Aude par les Gorges du Carcanet, des mises au carré tentent d’arraisonner la fluidité des eaux du torrent, sombres et enchevêtrées d’une végétation indocile. Elles s’intercalent avec des vues de ce qui fut autrefois leur antithèse : le symbole, aujourd’hui dérisoire, de leur domestication que sont les vestiges d’une architecture thermale telles celles des bains d’Escouloubre ou de Carcanières.

© Didier Sorbé © Didier Sorbé
Vers le Sud
Au fil de la marche le long des méandres de l’Aude, dans le Vallon de Creu, alternent de nouveau le rythme binaire d’impressions contrastées. Se juxtaposent alors, d’une part, le jeu des reflets à fleur des courbes de l’eau sous le soleil au zénith, serties par les sereines plages des prés de fauche et, d’autre part, le portrait des paysans dont le travail et les heures sont indissociables de ce milieu. Comme deux expressions, deux écritures, deux regards miroirs du temps qui passe et de la vie qui s’organise...
© Didier Sorbé
© Didier Sorbé
Le principe de la résidence d’artiste est stimulant quant à nouer des relations intimes avec un nouveau milieu, ses données naturelles, lumineuses ou climatiques, et ce d’autant plus lorsque l’on ne l’a pas choisi et que, par ailleurs, l’opérateur se double d’un randonneur impénitent, skieur et grimpeur. Aussi Didier Sorbé a-t-il été séduit par la proposition de résider cette année, par intermittences, à Réal, village au cœur du Capcir dans les Pyrénées-Orientales.
Le premier geste de celui qui explore ou qui s’apprête à découvrir est de s’arrêter en un point, de déplier la carte et d’orienter son regard. Le seuil du gîte qui a accueilli sa villégiature a offert au photographe ce point d’arrêt, fatalement à la croisée des quatre points cardinaux. A l’écoute de quatre directions, le nord, le sud, l’est, l’ouest, pourquoi pas ? D’autant que les promesses de la carte et de l’horizon laissaient supposer des richesses à exploiter. Observer, sentir, organiser les émotions géographiques selon les différences et les spécificités induites par la rencontre entre le relief, la nature et l’ensoleillement, voilà une forme de programme, qui pourra peut-être léguer sa structure et sa dynamique propres à une scénographie d’exposition.

Témoignage d’un “étant” des lieux, ou exutoires d’un imaginaire à la fois collectif et personnels, des quatre suites ou cycles photographiques, font raisonner l’échelle intime de ce qui constitue les lieux comme l’échelle cosmique des ordres supérieurs de la nature qui en assurent la vitalité.