Le vernissage

L'exposition

© Laurent Millet  © Laurent Millet

Pour sa nouvelle exploration, les Zozios, Laurent Millet quitte un instant les ressacs et la houle pour investir le support (presque) virginal d’un appartement. Cage ouverte pour ces drôles d’oiseaux, porteurs d’une sémiotique domestique et libre. C’est d’ailleurs une nouvelle liberté que trouve l’artiste en revisitant les topologies de l’esthétique moderne dans ce qu’elles ont de plus universel. A l’image de ces pense-bête nonchalamment affichés dans la composition, les Zozios déclarent l’avènement d’une méthode de méditation esthétique sans précèdent. Le message se fait plan et l’image reprend son rôle de signe intemporel, alphabet génétique d’un monde artistique sans cesse réinventé mais toujours habitable. Autour des Zozios, le temps n’est d’ailleurs plus vraiment une question d’entropie sourde, mais celle d’une pulsation bien plus fine et aléatoire. La lumière est un paysage et la galerie devient le siège de l’agitation imprévisible de ces volatiles signifiants.Laurent Millet est un Artiste Volant Non Identifié. Représenté par de grandes galeries parisiennes et new-yorkaises, il continue à proposer la lucidité de son regard de rêveur talentueux sans imposer la posture distante et écrasante de certains de ses pairs. La gravité est ailleurs… mais le simplicité de l’intelligence est bien là.
Nicolas Zabraniecki, Forum de l'Image

© Laurent Millet  © Laurent Millet  © Laurent Millet
NAISSANCE D’UN MONDE Laurent Millet nous fait croire à des mondes qui ne sont qu’à lui. Est-ce par cette part de vérité qu’il emporte du monde réel ? (...). Car il s’agit bien d’une naissance, un monde pareil ne s’invente pas, il ne se fabrique pas simplement de bric et de broc, il lui faut naître quelque part et croître par lui-même selon ses propres lois. Ces lois, en effet, ne sont pas arbitraires, elles ne résultent pas d’une décision libre d’un pur esprit, non, il les devine, les découvre et les écoute puis leur obéit, nous révélant cette part du monde dont il se fait l’écho, comme un peintre sur le «motif» captant une part sensible de la vérité du monde. Cette vérité, alors, n’est ni solide, ni achevée, comme ces formes reconnues et nommées, elle est genèse, mouvement et témoigne de cette vie des formes qui nous parle du mystère de la création, de toute création, de cet agissement invisible et continu de l’âme. C’est ce qui fait finalement que toute construction a un sens qui dépasse plus ou moins la somme de ses opérations, que toute production par actes séparés répond au mouvement continu d’une pensée agissant au dehors pour accroître autour d’elle son ordre intérieur - un ordre qu’elle exprime en se réalisant dans le monde des êtres et des nombres. Comme chacun de nos membres répond à une même et continuelle nécessité, comme chaque branche de l’arbre prend son origine d’un unique et imprévisible dessein, toute construction est en même temps croissance, traduction par actions discontinues d’une poussée continuelle en nous de la pensée. L’art, et l’art de construire lui-même, lorsqu’il est sans fin déterminée, peut être comparé à la nature dans son processus, et c’est ainsi que tout artiste poursuit l’oeuvre de la nature avec ses moyens propres qui sont techniques.
Stéphane Gruet, Extraits d’un texte consacré, à la série «Cabanes», 2000, dans la revue Poïesis n°14, 2002.
© Laurent Millet  © Laurent Millet