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Anamnése du visible quelques notes sur le travail de chrystèle lerisse... Toujours situé dans une proximité immédiate de la substance visible des choses photographiables, le travail de Chrystèle Lerisse explore leur surface pour en révéler lessence. La lumière est la grammaire de sa pratique réfléchie de photographe. Il résulte de son expérience et de sa fusion avec les sujets quelle aborde une restitution du réel ou de ce que nous considérons comme tel. Mais celle-ci échappe parfois à notre regard «profane».
Cest une photographie, une gravure avec la lumière, dont lépure évoque aux yeux du contemplateur attentif une aporie de limage. Au commencement de ses recherches, Chrystèle Lerisse sest tout dabord tournée vers le minéral, cherchant peut-être la matérialité de la lumière. Son regard la porta ensuite, presque normalement, franchissant un seuil invisible comme une quête philosophale, vers lenveloppe de lêtre : la peau. Elle considère cette texture, trop humaine, trop sentimentale, par les frôlements du regard quelle suggère, dans la distance quelle impose lêtre, comme peuvent le faire le film et le papier photographique, tous deux surfaces sensibles.
Elle se défait de cette proximité pour retrouver la lumière dans la chair même, puis en sen détachant pour cette fois explorer le paysage et ses composantes majeures, dont leau, mais toujours considérée comme substance, au même titre que la lumière, matérielle. Chrystèle Lerisse débarrasse les sujets quelle aborde de tout affect personnel pour en restaurer une dimension à la fois paysagère et mentale. Elle procède ainsi pour convoquer le regard et aussi le souvenir de sensations physiques souvent inconscientes. Cest quil faut entendre que photographier, créer, voir, relève pour cette artiste autant de lexercice spirituel, comme le pratiquent les mystiques, que dun examen de conscience séculier, anamnèse par laquelle le visible et le vrai parfois se confondent. |