De tous temps les artistes ont tenté, souhaité « être
de leur temps » et même, au-delà, à l’avant
garde, ouvrant de nouvelles voies, s’emparant des nouvelles techniques,
les inventant parfois, tissant ainsi les fils serrés de la trame
de leur époque, en saisissant, avant tout le monde, les marqueurs
qui la singularisaient.
Durant les décennies 80 et 90 la photographie a été
un des acteurs majeurs du renouvellement des pratiques artistiques, participant
à la réintroduction du réel, du quotidien du fait sociétal
du questionnement du monde. Il y eut alors, pourrait-on dire, un «
temps de la photographie » essentiellement porté par deux courants,
deux écoles que l’on pourrait, schématiquement, nommer
« école de Düsseldorf » et « école
de Boston »
Si la photographie, puis la vidéo ont pu jouer ce rôle c’est
peut être parce qu’elles arrivaient en conquérantes des
« frontières de l’art » portées par de nouvelles
générations d’artistes qui ne se reconnaissaient plus
dans l’art du vingtième siècle, dans les figures imposées
de l’abstraction, du minimal et du conceptuel, elles apportaient un
air nouveau, un sang neuf elles « collaient au temps »
Qu’en est-il aujourd’hui, vingt ans plus tard face aux mutations
rapides de nos sociétés, à l’évolution
des techniques ? Distingue-t-on de par le monde des approches, des attitudes,
qui, dans le tumulte contemporain, par delà les effets de mode et
les redites seraient à la fois en rupture et porteuses de sens nouveaux
de possibles devenir ?
En saisit-on le bruissement, le frémissement ?
Daniel Mézergues, Bernard Verdier