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Des
visions lumineuses
«D’apparence bricolés, les dispositifs qu’ils conçoivent sont en réalité le
fruit d’un travail longuement réfléchi qui ne supporte aucune espèce d’improvisation.
Si ceux-ci en appellent paradoxalement tantôt à une mise en œuvre rudimentaire,
tantôt à une technicité savamment élaborée, c’est qu’on ne joue pas innocemment
avec la lumière. Il s’agit de savoir la capter, dans la juste incidence de
son rayonnement, de ses réflexions, de ses diffractions, dans la pleine mesure
de son irradiation ou de sa perte. Il s’agit de savoir par quels canaux elle
passe, à quelle vitesse, comment elle peut être interrompue, alternée, déviée,
renvoyée à sa source. Bref, il faut être tour à tour et tout à la fois ingénieux,
logique, calculateur, mais il faut savoir aussi composer avec les événements,
se laisser surprendre par les accidents de parcours, pour mieux jouer de l’inattendu,
de l’incongru, du déroutant. A cet exercice, Loriot et Mélia sont passés maîtres.
Leur démarche est unique en son genre et la place qu’ils occupent sur la scène
artistique est résolument originale. Si leur art procède d’une façon de “leçon
de chose” –titre de l’une de leurs œuvres– sur l’image projetée, qu’elle soit
statique ou dynamique, il relève de cette catégorie esthétique qui interroge
l’effet cinéma dans le champ des arts plastiques. Se nourrissant d’une réflexion
inédite sur les phénomènes perceptifs et illusoires, qui n’est pas sans faire
penser parfois à certains travaux visibles au Palais de la Découverte, leur
art met en exergue l’une des oppositions les plus archaïques et les plus éculées
qui soient, celles de l’ordre et du chaos, du détruit et du construit. Vieux
débat, pourrait-on penser. L’originalité et la force du travail de Loriot
et Mélia résident dans la parfaite collusion qu’ils opèrent entre tradition
et modernité, entre science et intuition, entre mystère et élucidation. Quelque
chose d’imparable, voire d’agaçant, est à l’œuvre dans leur travail qui excite
notre imaginaire et dont l’évidence s’impose par sa charge poétique, proprement
fabuleuse. A première vue, tout semble relever de la magie, puis à y réfléchir
–bon sang, mais c’est bien sûr!– tout est artifice. Sinon artefact. Prodige
de la création quand elle s’applique à transformer le monde.» Philippe PIGUET,
Extrait du catalogue “LORIOT/MELIA - Georges ROUSSE” Exposition centre d’art
contemporain chapelle Jeanne D’Arc ( 2001)
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