|
|
|
|
A
travers une installation photographique associant cinq séries différentes
(Nuques, Coussins, Colosses, Fleurs, Jambes) Lionel Bayol-Thémines propose
une réflexion sur lanonymat, lidentité et le groupe. Lhistoire,
celle des hommes, des individus et des sociétés, y apparaît en filigranes,
sans jamais toutefois être évoquée explicitement. La
série des Nuques renouvelle lart du portrait en buste
dans un jeu de miroir dérangeant. A-t-on affaire à des photographies didentité
ou danonymat ? Photographié de dos, chaque individu
reste différent sans pourtant être identifiable.Les
images des Coussins, dont on suppose quils ont été défaits
(comme on dit dun lit quil a été défait) par le sommeil ou lagonie
des hommes qui ont reposé là et sur lesquels sont déposés, ou de lintérieur
desquels émergent, des cheveux, des poils éparpillés, coupés ou encore en
mèches ou en tresses, évoquent immanquablement labsence mais aussi la
mémoire et la persistance de la trace. Dans
la série des Jambes, il est également question didentité
et danonymat, daffirmation ou démergence de lindividu
parmi la foule. Forêt de jambes nues, identiques, doù se détache au
premier plan une paire isolée, consciente peut-être de sa différence.
La série des Colosses montre des femmes allongées
sur le dos, inertes et, à la fois, sans doute parce quon devine quelles
sont enceintes, porteuses de vie. Les Fleurs,
elles, font songer à un système de comptabilité anonyme ou à un de ces cimetières
militaires où des centaines de croix blanches sont alignées au cordeau. Mais,
parce que les Fleurs sont vivantes et que les Colosses sont des femmes fécondes,
ces deux séries parlent avant tout de renaissance, de résurgence, de renouvellement.
De la continuité de la vie, de lespèce, de la mémoire, par-delà la mort
et loubli. Disparates en apparence seulement, les images épurées, blanches,
presque diaphanes de Lionel Bayol-Thémines forment un ensemble homogène où
sont suggérés plutôt quillustrés les thèmes fondamentaux de lidentité
et de la destinée humaine, de son éternelle condition, comme des bouleversements
que lui fait subir lhistoire troublée de notre temps.
Aurélio Diaz-Ronda
|
|