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Les
Krims s’attelle à la représentation du non-représentable, les rapports entre
nature humaine et culture, usant des points de vues anthropologiques, philosophiques
et formels comme autant de tremplins, alliant la sensualité (le fourmillement
d’une vie palpable, l’excitation que produit le rendu réaliste des scènes
et leur saveur “exotique”) à la frigidité (l’étalage des êtres et des choses
sans hiérarchie des uns sur les autres, la dureté cynique de ses textes),
il reste à mi-chemin des multiples pratiques photographiques actuelles, refusant
à ses images toutes étiquettes ou classements. Défoulant le refoulé d’une
génération prise entre la dépréciation des valeurs sociales et le renoncement
à un engagement jugé d’avance sans espoir, il fait figure de solitaire, d’iconoclaste,
de mauvais esprit qui ne se fera jamais fou du roi. La “mise en tableau” de
ses photographies, par leur grande taille, leur composition méthodique, le
rendu des ombres et des lumières, leur état d’images “gelées” dans le temps,
leur hyperréalisme “à-plat” de vitrine publicitaire (menant à une perception
de l’humain comme d’un bien disséquable, où tout serait donné à voir, où tout
serait superficialité et immédiateté, l’homme-objet de sa propre fascination
à se consommer), infléchit leur apparence d’images de reportage vers la pure
construction. Impossible alors de les prendre pour un simple témoignage oculaire
d’un réel à disposition : elles échappent à leurs sujets montrés pour en élaborer
d’autres, le sujet devient prétexte à son propre détournement, se fait pur
assemblage d’objets. Le vrai narratif est radicalement hors sujet, transformé
en vrai approprié, projeté (dans les deux sens du terme) et inscrit sur le
papier photographique comme une affirmation d’autonomie (et d’exclusion) de
l’image et de son auteur. Extrait du texte : Les KRIMS, L’expérience du simulacre
de Alain Julliard-Jérôme Henstsch publié dans la revue Images, Centre de la
photographie de Genève, février 1993.
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